Le module 10 du programme EASA Part-66 fournit le cadre réglementaire qui régit la certification, la maintenance et le maintien de la navigabilité des aéronefs au sein de l'Union européenne. Pour un membre du personnel de certification de catégorie B2 (systèmes avioniques/électriques), ce module est essentiel pour comprendre les limites juridiques de leurs privilèges, leurs obligations envers l'autorité compétente et les règles opérationnelles qui garantissent la sécurité des vols.
Ce module synthétise les réglementations clés contenues dans le Règlement (UE) n° 1321/2014, qui est le règlement consolidé pour le maintien de la navigabilité. Il se concentre sur l'interaction entre les quatre annexes principales : Part-66 (Personnel de certification), Part-145 (Organismes de maintenance), Part-M (Maintien de la navigabilité) et Part-147 (Organismes de formation). Le contenu est structuré pour fournir une compréhension détaillée des obligations légales, des limitations et des procédures qui régissent le travail quotidien d'un membre du personnel de certification B2.
2. Concepts clés expliqués en détail
2.1 Le cadre réglementaire : Règlement (UE) n° 1321/2014
Il s'agit du texte juridique fondateur. Ce n'est pas une règle unique mais un ensemble d'annexes essentielles qui régissent l'ensemble de l'écosystème de la maintenance.
Part-66 (Annexe III) : Régit la certification du personnel de maintenance des aéronefs. Elle définit les catégories de licences, l'éligibilité, les privilèges et les exigences de validité des licences.
Part-145 (Annexe II) : Régit l'agrément des organismes de maintenance. Elle définit les exigences relatives aux installations, au personnel, aux procédures et aux systèmes qualité qu'un organisme doit satisfaire pour effectuer la maintenance.
Part-M (Annexe I) : Régit le maintien de la navigabilité des aéronefs. Elle définit les responsabilités des propriétaires, des exploitants et des organismes de gestion du maintien de la navigabilité (CAMO).
Part-147 (Annexe IV) : Régit l'agrément des organismes de formation à la maintenance. Elle définit les normes pour les cours de formation de base et de type.
Relation clé : Un membre du personnel de certification B2 opère au sein d'un organisme Part-145. Son autorité individuelle provient de sa licence Part-66, mais ses actions sont contraintes et habilitées par l'agrément de l'organisme Part-145. La navigabilité globale de l'aéronef est gérée par le CAMO conformément à la Part-M.
2.2 La licence de maintenance d'aéronef Part-66 (AML)
L'AML est l'autorisation légale personnelle pour un membre du personnel de certification de certifier la maintenance. Elle est délivrée par l'autorité compétente d'un État membre de l'EASA.
Validité : La licence est délivrée avec une validité illimitée. Elle ne nécessite pas de renouvellement périodique. Cependant, elle peut être révoquée, suspendue ou limitée par l'autorité compétente si le titulaire ne satisfait pas aux normes requises (Part-66.A.20).
Exigences d'éligibilité de base (Part-66.A.30) :
Âge minimum : Le candidat doit être âgé d'au moins 18 ans.
Connaissances de base : Le candidat doit avoir réussi les examens de module requis tels que définis à l'Annexe I de la Part-66.
Expérience pratique : Le candidat doit avoir accompli l'expérience pratique de maintenance requise telle que définie à l'Annexe IV de la Part-66.
Exigences d'expérience pratique (B2) :
Voie standard : 5 ans d'expérience pratique de maintenance sur des aéronefs en exploitation.
Voie réduite : Si le candidat a suivi un cours de formation de base Part-147 approuvé, lL'exigence d'expérience est réduite à 2 ans. Cela représente une réduction de 60 % par rapport à l'exigence standard de 5 ans.
Remarque sur la réduction : La réduction est une disposition spécifique de la Part-66, Appendice III. Il ne s'agit pas d'une règle générale « jusqu'à 50 % » ; la réduction spécifique pour la B2 avec un cours Part-147 est fixée à 2 ans.
2.3 Privilèges et limitations de la licence B2
La licence B2 est une autorisation spécifique à une catégorie. Il est essentiel de comprendre sa portée exacte.
Étendue des travaux : Une licence B2 autorise son titulaire à certifier la maintenance des systèmes avioniques et électriques.
Privilèges de certification (Part-66.A.20) : Le titulaire d'une licence B2 peut délivrer une attestation de remise en service (CRS) pour les travaux effectués sur ces systèmes. Cela inclut des tâches telles que :
Le dépannage, les essais et la réparation des LRU avioniques (par exemple, les émetteurs-récepteurs VHF, les calculateurs de gestion de vol, les centrales à inertie).
La maintenance des systèmes électriques, y compris le câblage, la distribution de puissance et l'analyse de la charge électrique.
Les modifications des systèmes avioniques et électriques.
Limitation critique : Une licence B2 n'autorise pas la certification des travaux mécaniques ou structurels. Ceux-ci relèvent du domaine de la licence B1. Inversement, une licence B1 ne couvre pas l'avionique. Un membre du personnel de certification titulaire d'une licence B2 ne peut pas signer pour des travaux mécaniques, et un titulaire d'une licence B1 ne peut pas signer pour des travaux avioniques, même s'il supervise la tâche.
2.4 Qualifications de type et privilèges de certification
Une licence B2 de base ne suffit pas pour certifier la maintenance d'un type d'aéronef spécifique. Le titulaire doit posséder la qualification de type appropriée apposée sur sa licence.
Exigence (Part-66.A.45) : Pour exercer les privilèges de certification sur un type d'aéronef spécifique, le personnel de certification doit avoir suivi une formation de type approuvée pour cet aéronef. Cette formation doit être dispensée par un organisme Part-147 agréé pour la formation de type ou être autrement acceptée par l'autorité compétente.
Portée de la qualification de type : La qualification de type couvre un modèle d'aéronef spécifique et ses systèmes associés. Si une modification majeure change la configuration avionique (par exemple, une nouvelle suite avionique), la qualification de type existante peut ne pas couvrir la nouvelle configuration. Le titulaire de licence doit suivre une formation supplémentaire et faire étendre sa qualification.
Conséquence de l'absence de qualification de type : Sans qualification de type, le personnel de certification ne peut pas délivrer de CRS pour ce type d'aéronef, quelle que soit son expérience ou sa formation.
2.5 Validité continue de la licence
Bien que la licence n'expire pas, sa validité est conditionnée au maintien de la compétence de son titulaire.
Exigence d'expérience récente (Part-66.A.20(e)) : Pour rester valide, le titulaire de licence doit avoir 6 mois d'expérience pratique de maintenance au cours des 2 années précédentes.
Conséquence de la non-conformité : Si cette exigence n'est pas satisfaite, la licence devient invalide. Le titulaire ne peut pas exercer les privilèges de certification. Pour recouvrer la validité, il doit suivre une formation de remise à niveau et réussir un examen, comme l'exige l'autorité compétente. La licence n'est pas automatiquement révoquée, mais elle est suspendue jusqu'à ce que les exigences soient satisfaites.
2.6 Le rôle du membre du personnel de certification
Le membre du personnel de certification est le dernier gardien de la navigabilité. Ses responsabilités sont définies par la Part-66 et la Part-145.- Délivrance de l’APRS (Part-145.A.50) : L’APRS est un document officiel attestant que la maintenance a été effectuée correctement et conformément aux données approuvées. Il est délivré par le personnel de certification autorisé par l’organisme Part-145 et titulaire de la licence Part-66 et de la qualification de type appropriées.
Garantir la conformité aux données approuvées (Part-145.A.45) : C’est une obligation fondamentale. Le personnel de certification doit s’assurer que toute la maintenance est effectuée à l’aide des données actuelles et applicables. Cela comprend :
Les manuels de maintenance avion (AMM) et les manuels de maintenance des composants (CMM) – révision en vigueur uniquement.
Les bulletins de service (SB) – uniquement s’ils sont intégrés aux données approuvées (par exemple, via une consigne de navigabilité ou une approbation de modification). Un SB autonome ne constitue pas des données approuvées.
Les certificats de type supplémentaire (STC) – ceux-ci constituent des données approuvées au titre de la Part-21 et fournissent la base de certification des modifications.
Signalement des constatations (Part-145.A.60) : Si un membre du personnel de certification découvre une condition affectant la sécurité de l’aéronef (par exemple, une modification non documentée, un défaut ou un dommage), il a l’obligation immédiate de la signaler au responsable désigné de son organisme. L’organisme est ensuite responsable de notifier l’autorité compétente conformément au système de comptes rendus d’événements.
3. Procédures et réglementations importantes
3.1 L’attestation de remise en service (APRS)
Objet : L’APRS est la déclaration officielle que toutes les tâches de maintenance ont été achevées de manière satisfaisante et que l’aéronef ou le composant est prêt à être remis en service.
Autorisation : Elle ne peut être signée que par le personnel de certification qui :
53.Est autorisé par l’organisme Part-145.
54.Détient une licence Part-66 valide avec la catégorie appropriée (B2 pour l’avionique).
55.Détient la qualification de type appropriée pour l’aéronef.
Conditions de délivrance : Une APRS ne peut être délivrée que lorsque :
Toute la maintenance requise a été achevée.
Tous les travaux ont été effectués à l’aide de données approuvées.
Tous les enregistrements de maintenance sont complets et exacts, y compris les résultats des essais.
Aucun défaut connu susceptible d’affecter la navigabilité n’est présent.
3.2 Gestion des travaux incomplets ou non conformes
Tâches planifiées incomplètes : Si une tâche requise du programme de maintenance approuvé ne peut pas être achevée (par exemple, en raison d’un équipement d’essai manquant), l’aéronef ne peut pas être remis en service. Un report formel n’est possible que s’il est autorisé par le programme de maintenance approuvé ou par la MEL (liste minimale d’équipement) de l’exploitant, qui est un document opérationnel.
Modifications non documentées : Si une modification non documentée est découverte, il s’agit d’un problème de sécurité. Le personnel de certification doit immédiatement la signaler à l’organisme, qui doit ensuite notifier l’autorité compétente. L’aéronef ne peut pas être remis en service tant que la modification n’a pas été évaluée et soit acceptée, soit rectifiée.
Défauts non reproductibles : Si un défaut signalé ne peut pas être reproduit lors d’un essai fonctionnel, le personnel de certification doit documenter les constatations et les mesures prises dans le carnet de route. Cela assure la traçabilité permettant à l’exploitant de décider des mesures à prendre.
3.3 Contrôle et disponibilité des données- **Données actuelles :** La maintenance doit être effectuée en utilisant la **révision actuelle** des données applicables. L'utilisation d'une révision obsolète constitue une violation de la Part-145.A.45, car elle peut contenir des procédures incorrectes ou omettre des informations de sécurité critiques.
Pièces alternatives : Si un composant est remplacé par un numéro de pièce alternatif, le personnel de certification doit s'assurer que les données applicables (par exemple, le CMM pour cette pièce alternative) sont disponibles. Si les données ne sont pas disponibles, l'installation n'est pas conforme aux données approuvées et la pièce ne peut pas être installée.
3.4 Exigences environnementales et d'installation
Environnement approprié (Part-145.A.25) : La maintenance doit être effectuée dans un environnement approprié. Cela comprend des installations adéquates et une protection contre les intempéries. Effectuer un essai fonctionnel sous une pluie battante ou par vents forts n'est pas acceptable, car cela pourrait conduire à des résultats erronés ou à des dommages aux équipements.
4. Relations courantes entre les concepts
Licence Part-66 ↔ Organisme Part-145 : La licence est personnelle, mais ses privilèges sont exercés dans le cadre d'un organisme agréé. La liste des capacités de l'organisme doit inclure les travaux effectués. Une licence B2 n'autorise pas un organisme à effectuer des travaux en dehors de son périmètre d'agrément.
Qualification de type ↔ Configuration de l'aéronef : La qualification de type est liée à une configuration spécifique de l'aéronef. Une modification majeure de l'ensemble avionique peut invalider la qualification, nécessitant une formation supplémentaire.
Données approuvées ↔ CRS : Le CRS n'est valide que si les travaux ont été effectués en utilisant des données approuvées. La source des données (AMM, CMM, STC, AD) détermine son statut juridique.
Programme de maintenance ↔ AMM : Le programme de maintenance de l'exploitant est le document de contrôle pour la maintenance programmée. Il peut avoir des intervalles différents de ceux de l'AMM, à condition qu'ils soient justifiés et approuvés par l'autorité compétente conformément à la Part-M.A.302.
Expérience récente ↔ Validité de la licence : La licence est valable indéfiniment, mais sa validité est conditionnée au respect par le titulaire des exigences d'expérience récente.
5. Points typiques d'examen
Âge minimum : L'exigence absolue de 18 ans pour la délivrance de la licence.
Validité de la licence : La distinction entre « validité illimitée » et « validité conditionnelle » basée sur l'expérience récente.
Exigences d'expérience : La réduction exacte de l'expérience pratique pour B2 avec un cours Part-147 (de 5 ans à 2 ans).
Portée des privilèges B2 : La frontière claire entre les travaux avionique/électrique (B2) et mécanique/structural (B1).
Nécessité de la qualification de type : L'exigence absolue d'une qualification de type pour certifier la maintenance sur un aéronef spécifique.
Données approuvées : La définition stricte de ce qui constitue des données approuvées (AMM, CMM, AD, STC) et l'exclusion des SB autonomes.
Conditions du CRS : Les conditions qui doivent être remplies avant qu'un CRS puisse être émis, y compris la documentation complète et l'utilisation de données actuelles.
Obligations de signalement : L'obligation immédiate de signaler les constatations critiques pour la sécurité au responsable accountable.
Portée organisationnelle : La limitation selon laquelle la licence d'un individu ne prévaut pas sur le périmètre d'agrément de l'organisme.
Source réglementaire : La base juridique principale est le Règlement (UE) n° 1321/2014, qui contient la Part-66, la Part-145, la Part-M et la Part-147.